• Il était Enjoy

    Note: cette version de l'histoire est ancienne (2011), y en a une nouvelle de 2013 maintenant :) totalement différente

    Il était Enjoy

    (Je mets cette image en attendant d'en avoir une mieux)

    Résumé :

    "L'histoire se passent vers le XVIe / XVIIe siècle. Enjoy est un petit garçon issu d'une famille noble française. Tout se passait normalement dans sa vie, jusqu'au jour où il apprend que ses parents veulent le fiancer. Il se retrouve alors promis à Clarence, une jeune fille de grande noblesse qu'il n'a jamais vue, et qu'il n'aura le droit de voir pour la première fois que le jour de son mariage.
    Leur seul échange possible devient donc le courrier. A travers les lettres, Enjoy apprend à connaitre Clarence, une enfant intrépide et malicieuse.
    Chaque nuit, lorsqu'il rêve, il se retrouve dans une étrange forêt où l'attend Clarence. Ils passent alors des heures à converser, dans cette forêt imaginaire qui n'appartient qu'à eux.

    Pendant ce temps, on a Geoffroy, le beau et ténébreux majordome d'Enjoy, qui éprouve pour son maitre d'étranges sentiments. En effet, victime d'un passé traumatisant, il est sans cesse hanté par un désir de vengeance et érpouve le besoin de faire disparaitre Enjoy.

    C'est dans cette ambiance étrange qu'un jour, Enjoy apprend grâce à Clarence le passé de Geoffroy. Il se rend compte alors qu'il est responsable de la souffrance de son domestique, et regrette de ne pas avoir été au courant plus tôt et de l'avoir nargué sans s'en rendre compte. Il commence à se troubler et ne trouve plus le sommeil, traumatisé par la vérité qu'il vient d'apprendre.
    Un jour, il avoue à Geoffroy qu'il est au courant et le force à le suivre dans une fugue. Les deux garçons partent alors, en fuite sur un cheval, rejoindre la campagne du Tiers Etat. Ils commencent alors à vivre une vie où la classe sociale n'a pas d'importance, et où Enjoy espère pouvoir un jour faire retrouver le sourire à Geoffroy.
    Mais cette vie de bonheur ne peut pas durer ..."

    Les Personnages

    Il était Enjoy

    ENJOY D'ATENAY

    Il était Enjoy

      CLARENCE D'ANVERS

    Il était Enjoy

     GEOFFROY DE MENNECY

    Le héro de l'histoire.

    Il est issu d'une famil-

    le de noblesse moyen-

    ne, et va se trouver

    fiancé à Clarence par

    intêréts. Il a l'habitude

    de se confier à Geoffroy,

    son majordome.

     Fiancée à Enjoy. Elle a

    trois ans de plus que

    lui, et le trouve niais.

    Elle aime bien lui lais-

    ser du mystère. C'est

    elle qui lui révelera la

    vérité à propos de

    Geoffroy.

     A l'origine, le

    majordome d'Enjoy. Il a

    un triste passé mais ne

    souhaite pas vraiment

    qu'Enjoy soit au courant.

    Il est sombre et résérvé.

    Censé être beau (je fais

    ce que je peux xD)

     

    CHAPITRES

    Chapitre 01

    Chapitre 02

    Chapitre 03

    Chapitre 04

     

    Nouvelle version :

    Prologue

    Chapitre 1

    Chapitre 2

  • Le jour de la naissance d'Enjoy fut, pour certains, considéré comme un grand événement; pour d'autres, comme un jour sans grande importance.

    Ce fut sa mère qui lui donna son prénom, qu'elle choisi pour l'une de ses syllabes en particulier : celle de la joie.

    Dès sa première année, le petit Enjoy bénéficia d'un majordome et de plusieurs domestiques à son service. Il vécut son enfance comme tout noble de son rang, malgré un père sévère et l'absence de compagnons de jeux. Ainsi, il passa des années à jouer seul, dans son jardin, quelques fois escorté par des domestiques.

    Le jour de ses cinq ans, il eut droit à un banquet d'anniversaire, comme il était usage chez les nobles; pour lui, pourtant, c'était la première fois. La première fois qu'on lui portait autant d'attention.

    Nobles et bourgeois de tous genres y furent conviés; la fête devait durer trois jours, pour plus d'une centaine d'invités * qui logeaient dans les auberges alentours.

    ( * : la fête avait plus pour but de faire valoir la puissance de la famille que de célébrer la venue au monde d'Enjoy )

    Le petit Enjoy n'avait jamais vu autant de monde auparavant, et il ne cessait de s'émerveiller.

    « Tous ces gens viennent pour toi, Enjoy » lui avait dit sa mère .

    Mais il n'en avait pas cru un mot .

     

     Alors que la fête battait son plein, Enjoy remarqua une petite fille d'à peu près son âge se tenant fièrement en haut de la balustrade.

    Lui qui n'avait jamais eu d'amis, si ce n'était que ses domestiques, il éprouva soudainement le désir de faire sa connaissance. Il la fixa longuement, tout en essayant de rassembler son courage pour lui parler.

    Il l'admirait dans toute sa splendeur, de la majesté dont elle dégageait, de son allure différente à celle de toutes les personnes qu'il avait connu jusqu'alors ...

    Il contemplait ses longs cheveux blonds, tombant telle une cascade sur ses frêles épaules; sa jolie robe de velours rouge,  parsemée de rubans et de dentelles; et surtout, ses magnifiques yeux verts reflétant la douceur et la pureté de l'enfance.

    Il finit par se décider à aller la rencontrer, et, alors qu'il montait les escaliers pour la rejoindre, elle commença à s'éloigner. Dans sa fuite, elle fit tomber quelque chose, quelque chose de brillant qu'Enjoy remarqua. Cet objet était tombé par delà la balustrade,  et Enjoy descendit le ramasser. C'était une bague.

     

    Pendant des années, Enjoy garda précieusement la bague, en souvenir de celle qui "aurait pu devenir son amie". Sur la bague étaient gravées les initiales "M. L-M", dont il ignora longtemps la signification.

     

    Des années après, alors qu'il avait dix ans, il apprit de ses parents qu'il allait être fiancé. La nouvelle lui semblait trop brutale, pour lui qui n'y avait jamais songé.

    « Elle se nomme Clarence d'Anvers, et n'est que légèrement plus âgée que toi » lui avait dit sa mère.

    Son père argumenta : « La famille d'Anvers est plutôt fortunée, c'est un bon parti. De quoi assurer ton avenir... »

    - Mais ... Je ne la connait pas ! » s'écria Enjoy.

    « Enfin, Enjoy, voyons, c'est naturel. D'ailleurs, tu n'es pas autorisé à la voir avant ton mariag... »

    Enjoy, dégouté, sortit de la salle en trombe, sans écouter la fin de la phrase. Il maudissait ses parents, il maudissait sa famille. Il maudissait son époque d'en faire une banalité. N'avait-il pas le droit de choisir sa vie lui même ? Etait-il destiné toute sa vie à n'agir qu'en faveur de sa famille ?

     

    En se rendant à sa chambre, il se heurta par mégarde à son majordome.

    « Dé... Désolé ! » dit-il précipitamment, cherchant à ne pas s'éterniser ainsi devant lui. Mais, sans qu'il ne puisse s'en empêcher, Enjoy se mit à pleurer, et à son grand malheur son domestique le remarqua.

    - Qu'il y a t-il, Monsieur ?? Vous ne vous sentez pas bien ? »

    - Ce n'est rien, Geoffroy, je ... j'ai attrapé froid » s'exclama Enjoy, alors que ses larmes coulaient de plus belle.

    - Je vois bien que ce n'est pas dû à cela », soupira le majordome. «Vous pouvez tout me raconter, vous savez. Je garderai cela pour moi... »

     

    Ils étaient à présent tous les deux dans le couloir,  appuyés sur le rebord d'une fenêtre.

    « Un mariage arrangé ? »

    Le jeune garçon hocha la tête.

    « Et ? ... Et donc ?? » s'exaspéra le majordome.

    - Eh bien, Geoffroy ... C'est affreux, ne trouves tu pas ??  »

    - C'est toujours malheureux de ne pas avoir le choix ... Mais Monsieur, enfin, je dirais presque que c'est ... non, C'EST quelque chose de commun, entre nous !  Moi aussi, si, euh, si je ne vous avez pas connu, je ... ». Il se crispa, et mit sa main à son visage.«Finalement, ce n'est peut être pas une si mauvaise chose ... j'avoue que, cela ne m'aurait pas plu. »

    - Ah, Geoffroy, toi au moins promet moi que tu ne te marieras jamais.

    - Cette promesse... oh oui... je peux la tenir. »

     


    Enjoy eut bientôt la charge d'échanger une correspondance avec sa fiancée dont il ne connaissait que le nom. Cela l'incommodait plutôt, mais il n'avait pas vraiment le choix.

    Ainsi, il devait rédiger une lettre par semaine. Ce serait le vieux messager de la famille qui s'occuperait des échanges.

    Mais la rédaction de ses lettres ne se passèrent pas comme il le pensait. En effet, ses parents, le jugeant trop immature, décidèrent de se charger eux même du contenu des lettres. Il du donc se contenter de recopier ce que son père lui dictait. 

    «  Chère Mademoiselle.

    Pour commencer, je me présente. Je me nomme Enjoy d'Atenay et j'ai fêté mon dixième hiver en décembre. 

     Moi et ma famille vivons à la campagne. J'aime bien jouer dans le jardin, et écouter les oiseaux chanter par la fenêtre de ma chambre. Et vous ?  Qu'aimez vous donc ?


    Bien cordialement,

    Le 14 mars,

    Enjoy Ludovic d'Atenay. »


    « Il faut commencer par faire simple, Enjoy  », lui avait conseillé son père.

    Enjoy aurait bien voulu suivre le conseil, si seulement il l'avait laissé écrire. Il sentait de plus en plus à quel point il ne pouvait formuler aucun choix, et il n'en ressortait qu'encore plus troublé.

     

    FIN DU CHAPITRE 1

     

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  • Le dimanche suivant, le messager revint avec la réponse. Enjoy voulu la lire, mais son père s'en empara avant lui. Il refusa de la lui montrer tant qu'il ne l'aurait pas finie.

    En arrivant à une certaine ligne, son père sursauta. Ainsi, lorsque qu'Enjoy tenta à nouveau de s'en emparer, il le repoussa et lui cria : 

    « Je ne t'ai pas autorisé à la lire ! Cela ne te regarde pas ! »

    Enjoy ne comprenait pas. Cette lettre lui était destinée, à lui, comment pouvait elle ne pas le concerner ?

    Il monta les marches pour rejoindre sa chambre, encore sous le coup du choc. Qu'est ce que Clarence avait elle bien pu écrire de si grave pour déclencher une réaction aussi absurde chez son père ?

    Cela raviva sa curiosité, et il décida d'aller un de ces jours la lire en cachette. Avant d'avoir eu l'occasion de le faire, son père l'appela pour venir écrire la réponse; la réponse d'une lettre qu'il n'avait donc pas lue.

    Comme toujours, dictée était au programme.

    «Chère Clarence,

    Je me permet de vous appeler par votre prénom puisque vous en faites de même avec moi.

    Vous souhaitez apprécier la littérature. Je vous envoie donc un livre appartenant à mon père, intitulé " Le sort réservé aux curieux au XII ème siècle " . Je vous conseille de le lire, il est assez intéressant, moral et a un bon contexte historique.

    Vous pouvez également tirer un trait sur le " rendez vous " . Et, que me reprochez vous au sujet de ma chambre ? Je serais curieux de le savoir.


    Enjoy Ludovic d'Atenay, le 24 mars.

    PS: J'ai appris quelque chose sur vous. Alors oui, je vais bien. »


    Encore une fois, Enjoy regretta de devoir signer, alors qu'il n'était à l'origine de rien concernant le contenu. Cette lettre signée de sa main était pour lui incompréhensible, puisqu'il n'avait même pas lu celle de Clarence. Il avait encore plus envie de la lire.

    Quel était ce "rendez-vous" ? Pourquoi son père avait-il fait le choix de lui envoyer ce livre ? Et, de quoi parlait ce livre, par ailleurs ? (NDA: mieux vaut ne pas s'y intéresser....) Depuis quand son père avait-il ce genre de lecture ? Toutes ces questions y contribuaient.

     

    NeuroGalaxy, une partie de sa vie

     

    Le soir, ses parents s'absentèrent. Il en profita alors pour mettre fin à ses interrogations.

    Enjoy marcha à pas de loup jusqu'au bureau de son père, en prenant garde à ne pas réveiller les domestiques, et mis une bonne dizaine de minutes à trouver la lettre, tant elle était bien cachée. Finalement, il la trouva au fin fond d'un tiroir, et ouvrit l'enveloppe déjà décachetée. Il commença la lecture non sans entrain.

    «Très cher Enjoy,

    J'ai été vraiment heureuse de recevoir votre lettre.  Je me suis empressée de vous répondre et m'y voilà. J'ai fêté mon treizième hiver il y a cela un peu plus d'un mois.

    J'aimerais déjà vous poser une question : vous croyez vous disposé à parler de "votre" chambre ?

    Sinon, vous m'aviez demandé de parler de ce que j'aime.

    Eh bien, j'aime; j'aime, la littérature; j'aime, le théâtre; et puis, j'aime les arts en tous genres.

    Vivant à la campagne, tout comme vous, j'aime la nature, aussi. Tenez, cela vous direz de venir me rendre visite dans ma forêt préférée ? La Forêt de l'Eternité. Vous êtes invité.

    Et, pourquoi faire croire que l'on ne pourrait pas se voir, alors qu'il n'en a jamais été question ?

    Je me porte bien, sinon. Et vous ?

     

    Le 17 mars.

    Clarence Jeanne d'Anvers. »


    Pourquoi faire croire que l'on ne pourrait pas se voir, alors qu'il n'en a jamais été question.

    Pourquoi faire croire que l'on ne pourrait pas se voir, alors qu'il n'en a jamais été question.

    Pourquoi faire croire que l'on ne pourrait pas se voir, alors qu'il n'en a jamais été question.

    Depuis qu'il l'avait lue, cette phrase résonnait dans la tête d'Enjoy.

     

    Encore sous le choc de ce qu'il venait de lire, il décida de s'activer et se dirigea vers la bibliothèque. Il y trouva le fameux livre "Le sort Résérvé aux curieux au XIIe siècle", en une dizaine d'exemplaire, ainsi qu'un livre nommé "Grand ATLAS des régions françaises". N'y trouvant pas ce qu'il cherchait, il prit alors un autre ouvrage, intitulé "Plan détaillé de la Basse Normandie". Il se rendit dans l'Index et chercha au mot forêt... Pas une trace de "Forêt de l'Eternité".

    « Bon, il est tant que j'aille me coucher, Père et Mère ne vont pas tarder à rentrer.  »

    Il remonta alors à sa chambre tout en pensant aux évènements qui s'étaient produits dans la journée. Une fois à destination, il éteignit sa chandelle et plongea dans un profond sommeil.

    Plus loin, derrière une poutre, un domestique l'observait....

     

    FIN DU CHAPITRE 2

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  • Opaline

     Une grande forêt s'étendait à perte de vue; je posai un pied, puis l'autre, et avançai entre ses arbres ténébreux.

    « Enjoy » murmurait une petite voix au loin.

    « Enjoy, répond-moi si tu es là ». Je vacillai, puis tombai à genoux.

    - Qui... Qui est là ? » demandai-je.

    J'entrevis alors une silhouette entre les arbres. La silhouette se rapprocha, se rapprocha, si bien que je finis par en distinguer les détails.

    C'était une petite fille, quoiqu'elle fut plus âgée que moi, et elle avait une allure assez étrange. Elle avait les cheveux courts et sombres, formant une épaisse frange qui lui cachait entièrement les yeux. Vu comme cela,  je crois que je l'aurais prise pour un garçon si elle n'avait pas revêtit cette robe rose.

    « Qui êtes... vous ? » demandais-je.

    Son visage d'apparence si calme, arbora soudainement un étrange sourire. On aurait dit qu'elle se retenait de rire.

    « Je suis Jeanne, Jeanne d'Arc ! » me répondit-elle avec un rire dément.

    Je fis alors le rapprochement entre Jeanne d'Arc et le deuxième prénom de Clarence, et lui répondit  :

    - Ah, Clarence ? »

    - Oh oh, tu as su faire le rapprochement .... Tu es moins bête que je ne le croyais. Et cela montre que tu as bien lu ma lettre ! »

    Elle rigola, cette fois ci plus calmement.

    - Tu as su déjouer ton père !! » continua-t-elle tandis que son rire s'élevait de plus en plus haut.

    « P... Pardon ? »

    Comment pouvait-elle savoir que c'était mon père qui rédigeait mes lettres ? Comment...

    - Voyons Enjoy ! me lança-t-elle. Ne sois pas étonné, tu es tout simplement si prévisible ... Et puis, comment un enfant de ton âge aurait pu rédiger une telle lettre ? »

    Cette remarque me vexa. Je n'étais pourtant pas beaucoup plus jeune.

    - Enjoy, viens, suis-moi que je t'emmène dans mon repère ! »

    A peine eus-je le temps de m'en rendre compte qu'elle avait disparu entre les arbres. Je couru donc droit devant moi, essayant de la rattraper, et finis par la retrouver. Elle s'était arrêtée pour m'attendre. En ma voyant arriver, elle continua sa course.

    Je me laissai donc guider par elle, jusqu'à ce que nous arrivions à un certain coin de la forêt où je la vis s'arrêter.

    Un rayon de lumière filtrait entre les arbres.

    Je fus émerveillé de la beauté du paysage qui s'offrait à moi. Grâce à cette éclaircie, les arbres resplendissaient. Cela paraissait encore plus magnifique maintenant que Clarence m'avait dit que c'était le seul endroit lumineux de la forêt. D'ailleurs, à part cela cette forêt était assez glauque... Forêt ?

    « C'est étrange, je ne me souviens pas être venu ici... »

    - Enjoy... répondit Clarence. Il est temps que tu te réveilles à présent... »

     

     

    Lorsqu'Enjoy se réveilla, il était dans son lit. Son majordome était en train d'essayer de le réveiller, comme chaque matin.

    - Monsieur... soupira le majordome. Aujourd'hui, vous avez eu du mal à vous réveiller. J'espère que ... Vous ne vous épuisez pas... » dit-il en baissant les yeux.

    - Ce n'était donc qu'un rêve... » murmura le jeune garçon.

    - Je vous demande pardon ? »

    - Non, rien. Ne t'en fais pas, Geoffroy, ce n'est rien. J'ai juste eu un peu de mal à m'endormir hier soir. Alors si tu pouvais... »

    - Oui, et aussi que vous ne vous êtes point couché de bonne heure » lui répondit le majordome d'un ton moqueur.

    A ces mots, Enjoy se redressa brusquement et le gifla. L'avait-il espionné ? Que savait-il exactement ?

    -Excusez-moi ... Monsieur... » dit-il, les larmes lui montant aux yeux. Lorsqu'il vit qu'Enjoy le regardait, il demanda à se retirer, honteux, et sortit de la salle.

    Enjoy soupira.

    « Faible comme il est, il ne répétera rien. Je n'ai rien à craindre. »

    Puis il se souvint de son passage dans la forêt. Etait-ce cette fameuse "forêt de l'Eternité" dont parlait Clarence ? Sans doute ... Ou bien n'était ce qu'un rêve du à la lecture de la lettre ?

    Il ne pourrait le savoir qu'en rencontrant la véritable Clarence... Il était donc impossible pour lui de le prouver pour l'instant.

     

    Il en vint donc à la conclusion qu'il ne s'agissait que d'un rêve. Un rêve, certes, mais un rêve qui continu. Un rêve, qui, comme dirait-on, pourrait durer l'Eternité. Car la nuit suivante, lorsqu'il s'endormit...

     

     

     « Bonjour Enjoy ! Alors, de retour parmi nous ? » s'exclama Clarence.

    J'écarquillai les yeux.

    « En... Encore ce rêve ? »

    - Mais voyons, Enjoy, me répondit-elle. Tu insinues que je ne suis pas réelle ? Enfin ! Moi, je dirais plutôt cela de ton statut. »

    - Pardon ? »

    - Oh, ce n'est rien, ce n'est rien mon petit 'Joy. Tu es jeune, tu as encore toute la vie devant toi ! »

    Clarence semblait parler par énigmes. Etant jeune, comme elle l'avait si bien dit, je ne comprennais rien. Mais, vraiment, existait-il une personne capable de comprendre ?

    - Bienvenue dans un monde d'illusions, poursuivit-elle. Dans cette forêt, aussi étrange que fascinante, tu vas... »

    - Une illusion ? Mais... Vous disiez être bien réelle... »

    Elle me regarda d'un air exaspéré, et soupira.

    - N'essaye pas de réfléchir, cela ne te ressemble pas. Tiens, parle-moi plutôt de toi pour nous distraire. »

    Sa façon d'éviter la question me rendait méfiant. Où était la vérité, et quel était le mensonge ? Pas moyen de le savoir.

    Sans doute était-ce vraiment un monde d'illusions, puisque je rêvais; mais que faisait-on de cette étrange Clarence énigmatique ? Elle semblait se souvenir de moi... Et disait des choses que mon inconscient n'aurait pu inventer...

    - Clarence, il y a quelque chose que je voulais vous dire...

    - Oh ? Te décides-tu enfin à avoir une conversation ?

    - Hum... oui... enfin... »

    Clarence s'assit au sol et commença à cueillir des trèfles.

    - Un, deux, trois, quatre... Enfin, Enjoy ! Décide toi à parler, toi dont le prénom symbolise la joie ! Ne te laisse pas troubler !

    - Alors... En vérité, c'est mon père qui a rédigé toutes les lettres que tu as reçues... Et il ne m'avait pas laissé lire ta lettre... »

    - Oh ! » me répondit-elle, étonnée.

    - Oui, c'est affreux n'est ce pas...

    - Non, ce n'est pas cela qui m'étonne. Ce qui m'étonne, c'est que tu as appris à me tutoyer. Voyons, pourquoi vouvoyer quelqu'un qui te tutoie ? Tu as enfin compris la leçon !

    - Mais peu importe !!! Et l'affaire de mon père, vous... tu n'as pas de réaction ??!

    - Oh, mais je le savais déjà... Et tu es allé lire ma lettre en cachette, même, hm ?

    - Comment cel... » répondit-je.

    Clarence leva sa tête, et de ce mouvement déplaça involontairement une mèche de ses cheveux. Ainsi, pour la première fois, j'arrivai à distinguer ses yeux, ou plutôt son oeil gauche.

    Son iris était... jaune. Oui, c'est cela, jaune. J'avais déjà entendu parler de ces Orientaux aux yeux dorés, mais c'était la première fois que j'en voyais un en vrai.

    Sans m'en rendre compte, j'avais rapproché mon visage du sien pour le voir de plus près.

    Elle porta violemment ses mains à son visage et détourna la tête, me considèrant avec horreur.

    « Oublie ce que tu as vu. » Ce fut sa seule réponse.

    Nous ne nous parlâmes plus. Clarence continuait de cueillir des trèfles , et moi, je restais debout, lui tournant le dos.

    Jusqu'à ce que je me réveille.

     

    FIN DU CHAPITRE 3

     

    Opaline


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  •  Quelques semaines plus tard, une nouvelle lettre de Clarence arriva. Enjoy craignit que son père ne l'empêche à nouveau de la lire, mais cela se passa différemment de ce à quoi il s'attendait.

    En effet celui-ci n'y porta pas beaucoup d'attention, il jeta juste un rapide coup d'oeil amusé sur le "contenu", avant de tendre la lettre à son fils.

    « Voici une oeuvre d'art », dit-il avec ironie.

    Interloqué, Enjoy regarda la feuille. Il la regarda; il ne la lue point, tout simplement parce qu'il n'y avait rien à lire, hormis la signature, "Clarence d'Anvers".

    Le reste de la feuille était couvert de dessins : au centre de la feuille, un arc et des flèches. Un peu plus loin, trois arbres et une espèce de chien.

    Mais le plus perturbant... cela restait tout de même ces deux étranges personnages en bas de la feuille.

    « Père,  commença Enjoy. Qu'est-ce que...

    - Tait-toi » l'interrompit froidement le père, dont le sourire s'était estompé.

     

     Pour la première fois, Enjoy allait pouvoir rédiger lui même sa lettre. Il avait eu l'autorisation de ses parents, ce qui était plutôt étonnant.

    Il se retrouva donc avec la lettre entre les mains, sans savoir quoi en faire...

    Pour la première fois, on le laissait agir de lui même. Mais justement alors qu'il avait l'occasion tant désirée de s'exprimer, il ne trouvait rien à dire.

    Il s'installa donc à une table et prit sa tête entre ses mains.

    Il lui fallait réfléchir au sens de ces dessins. Clarence n'avait pas du les dessiner par hasard, la connaissant.

    Il jetta un coup d'oeil au premier dessin. Le "chien" entre les arbres avait un étrange oeil jaune. Jaune. Comme l'oeil de Clarence.

    Cela devait signifier "Tu vois que je ne te mens pas, mon petit 'Joy !", ou autrement dit que la forêt n'était PAS qu'une simple illusion.

    Venaient à présent l'arc et les flèches; que signifiaient-ils ?

    Enjoy réfléchit mais ne trouva point. C'est alors que ses yeux se posèrent sur la signature en bas de la feuille; Clarence d'Anvers. Il eut la vague impression qu'il y manquait quelque chose, mais il ne savait plus "quoi" exactement.

    Court de mémoire, il relu donc la première lettre que Clarence avait écrite et qu'il avait recopiée sur un papier; ce qui manquait était son deuxième prénom, Jeanne. Clarence Jeanne d'Anvers.

    Il se remémora alors les paroles de Clarence  à ce sujet; « Je suis Jeanne, Jeanne d'Arc ! » avait-elle dit avec un rire étrange.

    Le dessin représentait des flèches, mais surtout un arc, comme Jeanne d'Arc. Encore une preuve montrant que la Clarence de la forêt et la vraie Clarence ne faisaient qu'une.

    Plus il y pensait, plus cela l'embrouillait. Quelle était cette forêt ? D'où venait-elle ??

    Toutes ces question auxquelles il ne pouvait apporter de réponse ! Toutes ces choses qu'il voulait demander mais qu'il ne pouvait coucher sur papier ! Toutes ces choses qu'il ne comprenait pas, tous ces mystères qui lui échappaient !

    Un mariage arrangé,une fiancée imposée, une correspondance obligée, une liberté privée... Toutes ces injustices qu'il devait subir en silence, sans pouvoir s'exprimer !

    Comment un enfant de dix ans, de dix ans seulement, aurait pu supporter tout cela ? Enjoy n'avait qu'une solution, fuir, fuir et toujours, et encore, fuir !!

    Il décida en effet de fuir, en pensant à autre chose. Il ne désirait qu'une chose, se changer les idées !

     

    C'est alors qu'il repensa à quelque chose, ou plutôt à quelqu'un. Il monta les escaliers en courant et se réfugia dans sa chambre. En fouillant ses tiroirs,  il finit par retrouver ce qu'il cherchait: une bague.

    Il  la mit à son annuaire et pensa...

    « Peut importe la forêt. Peut importe ces histoires. Tout cela a faillit me faire oublier quelque chose d'essentiel, quelque chose d'élémentaire; tant que M. L-M sera avec moi, je n'aurais que faire de Clarence. Et de tout ce qui va avec. »

     

    Il passa donc le reste de sa journée normalement, tirant un trait sur ses problèmes. Il n'écrivit pas de réponse à la lettre de Clarence et rangea celle-ci au fond d'un tiroir.

     

    Le soir, il veilla tard dans sa chambre à la lueur d'une chandelle. Assit à son pupitre et avachit sur sa chaise, il faisait tourner encore et encore la bague sur son doigt. Voilà cinq ans qu'il l'avait ramassée; toujours pas de nouvelles de cette mystérieuse "M L-M". Il fallait dire qu'il n'avait pas osé s'enquérir de son identité auprès de ses parents, il n'avait donc pas vraiment été avancé.

    Alors qu'il réfléchissait, il entendu un petit bruit à sa fenêtre.

    Il se retourna, mais ne vit rien. Un deuxième petit coup se fit entendre. Cela ressemblait à quelqu'un qui toquait à sa fenêtre. Il essaya de regarder, mais la vitre se reflétait à la lumière de la bougie, il lui était donc impossible de voir à l'extérieur.

    Il appuya donc sa tête contre la vitre, tentant en vain d'entrevoir quelque chose. Derrière lui, sa chandelle s'éteignit soudainement. Il se retrouva donc seul dans l'obscurité. De l'autre côté de la vitre le regardait un immense oeil jaune, brillant dans le noir de la nuit, grand ouvert, le fixant d'un air malveillant.

    Enjoy poussa un cri de frayeur et s'éloigna le plus possible de la fenêtre. Il resta un bon moment ainsi, immobile, haletant, des sueurs froides lui parcourant la nuque.

    Il était sans voix, et couru dans la chambre de ses parents après s'en être remis pour chercher du réconfort. Il les réveilla, eux qui dormaient déjà.

    Son père éclata de rire à l'écoute de son récit et lui assura qu'il n'avait fait qu'un mauvais rêve, rien de plus. Sa mère le raccompagna dans sa chambre et le mit au lit. Elle lui caressa la tête jusqu'à ce qu'il soit apaisé puis retourna dans sa chambre.

    Enjoy fut ainsi apaisé, mais une heure plus tard il ne dormait toujours pas. C'était la première fois que cela lui arrivait, il se mit alors à pleurer.

    « Il faut que je retourne voir Mère... »

    Il se leva, et le contact de ses pieds nus sur le marbre le fit frissonner.

    Il fut surprit en entrant dans la chambre de ses parents de voir que son père ne s'y trouvait pas, ou plutôt ne s'y trouvait plus.

    Il abandonna alors l'idée de réveiller sa mère pour plutôt rechercher son père.

    Où était-il allé ? Peut être était-il allé se soulager dans le jardin ? Où parti bien réveiller un domestique pour qu'il lui prépare un petit quelque chose à manger ?

    Il emporta avec lui une bougie et descendit silencieusement les escaliers le menant vers la cuisine. Il n'y avait personne.

    Lorsqu'il passa près de la fenêtre, il aperçut de la lumière à l'extérieur. Il se rapprocha de la vitre, encore et encore, jusqu'à faire tomber par inattention sa bougie sur le sol, qui s'éteignit en tombant.

    Alors Enjoy découvrit ce qu'était cette lumière au dehors. Il s'agissait d'un homme tut vêtu de noir, une torche dans la main, rôdant dans les sentiers du jardin.

    Enjoy, apeuré, resta immobile en attendant que l'homme parte. L'idée qu'il puisse être son père ne lui effleura même pas l'esprit. ne tenant plus debout, il se laissa tomber sur le sol. Il resta ainsi un bon moment, jusqu'à ce qu'il entende la vieille pendule sonner deux heures et demi du matin.

    Dehors il commençait à pleuvoir, et la fenêtre s'était couverte d'une épaisse buée. Enjoy ne voyait plus rien d'autre qu'une lumière jaune. Jaune... La vision de l'oeil lui revint à l'esprit.

    De peur, il commença à ramper vers l'escalier pour s'enfuir. Lorsqu'il atteignit la première marche, il entendit l'orage gronder à l'extérieur. Il monta les escaliers à quatre pattes, trébuchant à chaque marche. Arrivé en haut, il s'aida de la rampe pour se mettre debout.

    Son père n'était toujours pas là, et sa mère dormait. Enjoy serra la bague dans sa main.

    Il avait le sentiment d'être le seul au monde à ne pas dormir, à cette heure si tardive.

    Il retourna se coucher dans son lit, mais le sommeil ne lui venait toujours pas et l'heure tournait, encore et encore. Alors le pendule sonna quatre coups et il se remit à pleurer, s'enfonçant le visage dans son oreiller en plume.

    Il avait envie de crier, de réveiller tout le monde pour faire partager sa souffrance.

    Il se leva donc pour la énième fois et entra à nouveau dans la chambre de ses parents. Son père n'était toujours pas là et il se demandait ce qu'il pouvait bien faire à cette heure là; de plus, on entendait toujours l'orage gronder dehors.

    Enjoy se coucha à côté de sa mère, là ou devrait normalement être son père. Elle avait le visage tourné vers lui et la main tendue entre les deux oreillers.

    Pour se rassurer, Enjoy saisit cette main qui s'offrait à lui. Sa mère sourit dans son sommeil et resserra l'étreinte.

    Il finit par s'endormir.

    FIN DU CHAPITRE 4

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  • Le lendemain, lorsqu'Enjoy se réveilla, il était dans son lit. C'était la lumière du jour qui l'avait sorti de son sommeil.

    Sa première réaction fut de regarder l'heure; il était onze heure et demi du matin.

    « Mais... Pourquoi Geoffroy n'est-il pas venu me réveiller avant ??!  »

    Il se leva donc, bien qu'ensevelit par la fatigue, et sortit de sa chambre en titubant. Sans réfléchir, il se dirigea vers le carré des domestiques; pour un majordome d'habitude si ponctuel, cela était ... une étrange affaire.

     

    Geoffroy n'était même pas encore levé, ce qui fit éprouver une sorte de dégoût à Enjoy. C'était la première fois qu'il voyait un domestique dormir; et, étrangement, sa façon de dormir était plutôt humaine. Très humaine.

    Pour ce petit noble à qui on avait toujours raconté que les domestiques n'étaient nés que pour servir leurs maîtres, et qu'il n'avait pas vraiment de sentiments, ce fut un choc. Humain ? Quelqu'un qui n'éprouve pas de sentiment n'est pas humain, pourtant, si ?

     

    Mais Geoffroy semblait éprouver des sentiments. N'avait-il pas pleuré, l'autre fois, lorsqu'Enjoy l'avait giflé ? Pleurer, ce n'était pas forcément une preuve d'humanité. Mais rire, si. Et il n'avait jamais vu Geoffroy rire. Ni même sourire.

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